Tristan Nitot, président de Mozilla, parle du projet Drumbeat
Tristan Nitot, président de Mozilla Europe a retracé au printemps dernier pour TIC21 les motivations originelles de Mozilla et celles qui ont conduit à Drumbeat. Ce projet consiste à étendre le travail en communauté et les méthodes utilisées pour développer les logiciels Open Source comme ceux de Mozilla, à des projets en ligne de toutes sortes. Une véritable démarche de développement durable, -même si Mozilla ne la désigne pas ainsi – qui tend à faire de l’utilisation et de l’évolution du Web des démarches ouvertes, participatives et partagées par tous. Le 1er juillet 2010, Mozilla a organisé son premier événement Drumbeat à Paris. Les premiers projets ont été présentés à cette occasion.
Mozilla est une organisation à but non lucratif qui met au point des logiciels libres comme le navigateur Firefox ou la messagerie Thunderbird. Il définit ainsi sa « mission » : « promouvoir l’ouverture, l’innovation et les opportunités sur le Web, en créant d’excellents logiciels comme le navigateur Firefox et en lançant des mouvements tels que Drumbeat qui donnent aux gens des outils pour prendre le contrôle de leur vie en ligne. » Il développe des logiciels en Open Source -dont le plus connu est le navigateur Firefox- en s’appuyant sur les communautés de développeurs et d’utilisateurs.
Entretien avec Tristan Nitot.
Propos recueillis par Emmanuelle Delsol
TIC 21 : Comment est né le projet Drumbeat ?
Tristan Nitot, président de Mozilla Europe : Tout commence avec la mission de Mozilla : s’assurer que le Web est ouvert et participatif pour au moins 100 ans. Nous sommes persuadés qu’Internet est un accident et que c’est une chance pour l’Humanité. Le Web est une sorte d’équilibre haut. C’est une plate-forme, bien sûr, mais ce n’est la propriété de personne. Ce n’est ni Flash (d’Adobe, Note de la rédaction), ni Silverlight (de Microsoft, NDLR), ni l’App Store (d’Apple NDLR), ni Windows… Le Web est ouvert. Il permet la participation de beaucoup de gens. Et il faut s’assurer que cela reste ainsi.
L’imprimerie a changé le rapport à l’information, elle a contribué à l’école publique, à l’avènement de métiers intellectuels. Le Web, Internet, ont refait la même chose une seconde fois. Il suffit que l’idée soit intéressante pour qu’elle ait un avenir.
Dans le monde des médias, par exemple, on ne peut pas concurrencer Libération ou le Monde sur papier, mais pourtant, on peut commencer à le faire sur le Web. C’est évidemment diversement apprécié par les acteurs du secteur : les politiques, certains professionnels – dans les médias, la culture, le cinéma, etc. Mais on ne peut pas nier que ce soit passionnant et qu’il s’agisse d’un enjeu extraordinaire.
Il reste beaucoup de choses qu’on ne peut pas encore faire dans ces domaines, comme un simple clic droit pour sauvegarder une vidéo en ligne, par exemple. Dans Firefox, il est désormais possible d’intégrer de la vidéo native dans le code HTML. Dans ce cas, il faut que l’auteur autorise la réutilisation avec ou sans modification de son film. Il faut aménager la loi et prévoir des contrats sur le modèle des Creative Commons. Une fois que le cadre juridique existe, on peu faire l’outil.
Dans tous les cas, Internet doit rester ouvert et participatif. Du côté du logiciel client (sur le poste de travail, NDLR), il faut agir sur l’interface entre Internet et l’utilisateur, pour qu’il garde le contrôle. Et ce qui compte, c’est que l’ensemble des navigateurs s’améliore. Notre produit est meilleur donc il influence le reste des logiciels. Il les force à être meilleurs. Notre influence n’est effective que si les gens savent qu’il y a d’autres navigateurs avec « open to choice » . Concrètement, nous voulons que les gens participent, s’engagent…
TIC21: Comment le projet Drumbeat prolonge-t-il cette démarche ?
Tristan Nitot : L’idée est née à l’automne 2009. Nous nous demandons toujours comment pousser les gens à s’impliquer sans que cela soit pour de la production technologique. Et Drumbeat est un projet parapluie pour un ensemble de sous-projets qu’on essaie de faire émerger dans ce sens. Ils utilisent Internet, sont participatifs et font la promotion de la mission de Mozilla en faisant passer le message. Il s’agit de positionner Internet et la vraie vie en parallèle. Idéalement, il s’agirait de transformer Mozilla en mouvement.
TIC21 : Est-ce qu’il y a déjà des projets en cours dans Drumbeat ?
Tristan Nitot : Oui. L’Universal subtitle project s’appuie par exemple sur le « crowd sourcing » -la participation de tous, l’intelligence collaborative- pour proposer le sous-titrage de vidéos dans la langue d’origine pour les sourds et dans toutes les autres langues. Nous avons lancé un concours technologique avec le Mozilla Labs pour « dessiner » le logiciel. Il s’agissait d’imaginer où devait être positionnée le bouton du sous-titrage par exemple. Nous sommes encore en phase de développement, mais d’ici la fin d’année on devrait avoir un certain nombre de projets.
Note de la rédaction : un outils est désormais à la disposition des internautes pour faciliter la saisie de sous-titres, puis éventuellement de leur traduction. Des automatismes de saisie, de synchronisation avec l’image et de correction ont été mis en place.
Tristan Nitot a aussi évoqué les travaux de Mozilla avec la Peer to peer university (P2PU). Ce projet d’éducation populaire ouverte et en ligne s’appuie sur le travail en groupe d’étudiants sur un même thème et une durée courte. Ils étudient ensemble durant six semaines sur les mêmes cours, mis en place par des volontaires. Les communautés Mozilla et P2PU bâtissent ensemble un cursus de développeurs pour un Web ouvert. Aux compétences techniques s’ajoutent les méthodes de travail du logiciel libre.
Enfin, en toute logique, plusieurs projets Drumbeat sont directement liés au développement durable. C’est le cas du Great Green Open Web. Il a pour but la création d’un module pour Firefox pour que développeurs et utilisateurs du Web identifient facilement les sources de consommation d’énergie nichées dans le logiciel et contribuent à les réduire. L’intelligence collective et des outils de visualisation de données de haut niveau permettront ainsi de mieux chiffrer la consommation énergétique du Web. (Lire aussi le compte-rendu du réveil-matin ACIDD sur les comportements éco-responsables sur Internet.)











août 29th, 2010 at 2 h 47 min
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